Exercice obligatoire numéro 2: comment Internet a bouleversé nos vies.

I/ Histoire d’Internet

Internet est le fruit de la guerre froide, un type de guerre inédit.

Au XIX e siècle Bismarck, déclarait: « La guerre sera gagnée par le fer et par le sang ». Or si ce fut vrai pour les conflits mondiaux qui ont marqué la première moitié du XXe siècle, cette formule n’était plus valable pour caractériser la guerre froide. Celle-ci devait être gagnée par celui qui utiliserait la science et les nouvelles technologies…C’est pourquoi, Internet fut entre autres le fruit des recherches du Département de Défense américain, suite à l’humiliation essuyée  en 1957, année du lancement du satellite soviétique Spoutnik.

Maintenant Internet est une interface numérique qui a bouleversé nos rapports sociaux et politiques sous divers aspects. Les domaines touchées par l’introduction d’Internet sont si nombreux qu’il est impossible de tous les aborder. C’est pourquoi il apparaît plus constructif de limiter le champ d’étude à quatre domaines particulièrement intéressants.

II/Internet et les relations sociales

1) L’amour romantique à l’âge du Web.

Une belle histoire d’amour sur internet, voilà le simple scénario de « Vous avez un message », grand succès de cette fin du XXe siècle qui inaugurait un nouveau type de relations apparues au crépuscule du XXe siècle et destinées à se développer au XXIe.

Les réseaux sociaux, les e-mails, les forums, les chats enfin, tout est bon pour rencontrer l’âme soeur. Toutefois, selon une étude sociologique récente Internet bannirait la conception d’un « amour romantique » tel qu’il s’est développé dans les société Occidentales depuis le Moyen-Age jusqu’au début du XXe siècle. La fidélité, la « cour », les rapports un peu chevaleresques qui ont caractérisé ce type de relations se retrouvent dans les romans depuis La princesse de Clèves jusqu’à l’Education sentimentale.

Par ailleurs les rencontres par Internet transformeraient notre façon de nous percevoir nous-mêmes. Selon la sociologue Eva Illouz  « pour pouvoir rencontrer un autre virtuel, le moi est sommé de se livrer à un travail d’observation réflexive de lui-même, d’introspection, de définition et d’expression réfléchie de ses goûts et de ses opinions». En effet les enquêtes des sites de rencontres conduisent à élaborer un portrait très précis qui suppose un retour sur soi-même. C’est donc des rencontres planifiées, « à la carte », qui excluent le coup de foudre et le hasard au profit d’une rationalisation des rencontres, d’après l’étude menée par le sociologue Jacques Marquet. Tout est calculé au millimètre près, le choix de la photo et l’image qu’on veut donner est pensée en détail. Ce phénomène s’étend d’ailleurs à tous le types de réseaux sociaux.

D’autre part Internet « fait passer la connaissance intellectuelle de l’’autre avant les sentiments » (Kaufmann). La connaissance intellectuelle prime sur la connaissance sensible dans ce type de rencontres. Ce moyen de communication peut aussi constituer un piège car le recours aux langage textuel est de nouveau l’occasion d’une distanciation. On pèse ce qu’on dit, l’image que l’on veut bien donner à travers l’expression de nos opinions, nos goûts, etc. Toutefois « le contrôle rigoureux du processus » amoureux ne prévient pas les échecs, bien au contraire ils sont très nombreux.

Enfin, dernier changement important: la conception de l’engagement. Les sites de rencontres donnent l’illusion d’une multitude de partenaires interchangeables. Dès lors les couples issus de ce genre de rencontres sont souvent fragilisés par le sentiment d’un « éternel sursis » chez l’un des partenaires – ou les deux.  Pire, ce phénomène d’instabilité du couple a pris une telle ampleur que le Figaro y consacrait tout un article il y a quelques mois. En effet, les forums pullulent de témoignages désespérés de maris et de femmes abandonnées pour un partenaire nouveau rencontré sur un site de rencontre (pourquoi pas extra conjugales!). Malgré la proximité physique bien réelle, le couple se trouvant dans la même pièce se trouve séparé par…Internet.

Pour reprendre l’expression de J. Marquet, cette fabuleuse plateforme numérique semble « offrir un réservoir innombrable de partenaires potentiels et accréditer la thèse qu’il est toujours possible de trouver mieux(…) Les sites de rencontre pourraient compliquer davantage encore l’engagement dans la durée et amplifier un mouvement de rotation des partenaires déjà bien réel. »

(cf www.cairn.info/revue-dialogue-2009-4-page-11.htm).

Transition: des relations individuelles à la relation avec la communauté…Dans un contexte d’urbanisation croissante, comment Internet change-t-il notre rapport à l’environnement urbain?

2)  Internet et la ville.

{http://www.metropolitiques.eu/La-ville-numerique-quels-enjeux.html}

Comment définir notre rapport à la ville? Le souvenir des tableaux  de petites villes de province dressées par Balzac (Eugénie Grandet…), la peinture des grands boulevards Parisiens dévalés par un jeune et ambitieux Georges Duroy, les impressions laissées par les tableaux de Monet reviennent spontanément en mémoire. Plus tard, l’esseulement, l’anonymat dans la foule, caractéristique des grandes métropoles modernes a été capté avec justesse dans les tableaux d’un Hopper. Aujourd’hui cependant, nos impressions face à la ville, notre relation avec elle sont marquées par l’entrée du numérique dans nos vies. La réalité est perçue autrement, et pour cause. De nombreuses plateformes communautaires proposent de partager des impressions, tager, noter d’une étoile telle petite ruelle commerçante ou tel boulevard situé à l’autre bout de la métropole. Le réel est empreint des impression glanées sur la toile.

 Grâce à Internet un véritable écosystème parallèle se met en place. De nombreux réseaux permettent aux Internautes de découvrir et faire découvrir à d’autres de nouveaux lieux sans sortir de chez eux. »Oùsortircesoir.com », « lafourchette.com » et d’autres sites communautaires dans le même style permettent  d’échanger sur leur restaurants préférés alors que Google maps et mappy itinéraires offrent un aperçu du quartier via les photographies des satellites. C’est ainsi que l’on assiste à une transformation de l’environnement urbain dans la conscience collective; « Une rue est un objet technique, une infrastructure matérielle, mais elle est aussi, dorénavant, une infrastructure numérique et informationnelle. Elle abrite et condense des nuages de données. Ces dernières peuvent être captées, annotées et « augmentées » par les passants et les riverains ».

Les réseaux matériels urbains (la voirie) sont doublés d’un réseau numérique. C’est ainsi que Rem Koolhaas déclarait que « la métropole  hypermoderne  serait moins marquée par une transformation des lieux que par une montée en flèche des flux matériels et virtuels qui relient ces mêmes lieux.  » Comme en réponse à l’interrogation de P. Fusero: les techniques numériques auront-elles « la capacité de modifier la forme physique de la ville en assumant le même rôle qu’avaient exercé jadis les infrastructures de transport »? ( E.planning : urbanistica e reti digitali »)

Enfin, le cyberespace risque-t-il d’interférer dans notre perception de l’environnement urbain? L’atmosphère de la ville est souvent due à l’image laissée par les artistes dans l’imaginaire collectif à travers leurs oeuvres. Par exemple les poèmes de Baudelaire et les gravures de G. Doré autour de la « Babylone moderne »  ont contribué à forger autour de Londes du XIXe siècle l’image d’une ville industrielle empreinte d’une « magie profonde et mystérieuse ». Aujourd’hui, certains imaginent que « la façon dont nous ressentons notre environnement dans les rues sera peut-être bientôt définie par ce qui n’est pas visible à l’œil nu »(Guillaud, H. 2008. « La rue comme plateforme », InternetActu, 25 mars)

Transition: Maintenant, intéressons-nous aux transformations apportées par Internet dans nos relations avec le politique.

III/ Internet et la politique: vers la démocratie participative?

 => ce qui est intéressant ici c’est le lieu de publication: Facebook, et l’auteur de cette publication: WillisfromTunis, un tunisien révolté contre le régime de Ben Ali devenu une personnalité emblématique de la Révolution tunisienne.

1)  Internet à l’ère des révolutions numériques

http://www.internetactu.net/2011/11/23/refaire-societe-comment-sengager-aujourdhui/

Pour reprendre la définition de P. Rosanvallon, Internet semble aujourd’hui devenu le lieu de la contre-démocratie. Face au discrédit de la classe politique on a tendance à parler de « dépolitisation ». Pour autant, les citoyens sont souvent actifs sur la toile où s’exprime le scepticisme et les critiques envers une classe dirigeante qui doit compter avec ce nouveau contre-pouvoir. Les scandales concernant la corruption ou le clientélisme sont rapidement diffusés via Internet et prennent de l’ampleur  (par exemple: scandale et démission de Liam Fox au Royaume-Uni )Toutes {les critiques} se définissent par un bruit de fond antisystème”, disait Christophe Aguiton dans une récente interview à Libération, chercheur, militant syndical, cofondateur d’Attac et d’Agir contre le chômage.

Ce même activiste ajoutait que si le militantisme s’est effondré (rares sont aujourd’hui les jeunes à se syndiquer ou à adhérer à un parti politique par exemple), la nouvelle forme d’engagement est la manifestation.Or celles-ci s’organisent de plus en plus grâce à Internet. « Le mouvement des Indignés, celui de la place Tahir comme le mouvement mexicain (Hasta la corruption ») en sont des exemples. Et d’ajouter Partout, le modèle classique des syndicats et des partis politiques est en crise”. 

En effet après le Printemps arabe, on a voulu parler de « Printemps russe » suite aux récentes manifestations déclenchées face aux fraudes électorales orchestrées par une classe politique corrompue jusqu’à la moelle. Quel était le point commun de ces manifestations si ce n’est l’usage des réseaux sociaux pour mobiliser les foules? Il y a quelques jours à peine l’opposition russe déclarait (dans une vidéo diffusée par youtube): « Aujourd’hui c’est twitter qui est dans la rue, ce sont les réseaux sociaux ». Il faut désormais compter avec cette formidable puissance de rassemblement.Internet a démontré à de multiples reprises la “force des liens faibles” d’après l’expression de C. Aguiton.

Enfin Internet a aussi permis de mettre en place des tentatives de démocratie directe, aussi bien de la part des Etats que des citoyens eux-mêmes. L’Estonie par exemple a mis en place un vote électronique aux élections législatives dans l’objectif de lutter contre l’abstentionnisme. L’Allemagne et la France reconnaissent le droit de former des « e-pétitions » pour déposer des initiatives de loi au Parlement. Toutefois il faut 100000 signatures pour que de telles propositions soient considérées.

Par ailleurs, rappelons l’activisme citoyen qui s’exprime à travers le mouvement des Indignés par exemple. Ceux-ci s’inspirent également du principe de démocratie participative avec la promotion des plateformes de partage de connaissances  de type Wikipédia et plus largement la défense des logiciels libres.

Aussi peut-on conclure avec Fabrice Epelboin  « ’Internet est devenu un acteur important du champ politique, comme l’était le syndicalisme au XIXe siècle. Il est devenu une nouvelle forme de réponse au pouvoir.

Toutefois Internet est une arme à double tranchant qui peut se retourner contre les libertés. F.Epelboin rappelle les expérimentations technologiques des grandes sociétés informatiques Occidentales dans la Tunisie de Ben Ali. A l’exemple d’Amesys, la filiale de Bull, Narus, la filiale de Boeing ou MicrosoftD’après lui leurs technologies  peuvent servir demain à filtrer l’Internet français“Il suffit d’appliquer la Loi Gayssot pour justifier le filtrage de centaines de millions de sites.”

“On s’adapte très bien à la justice automatisée”, ironise l’activiste, et de citer l’exemple d’Hadopi ou encore des radars sur l’autoroute.

2) Internet et le renouveau du journalisme.

(cf Libération leMag, samedi 26 novembre 2011, p. MAG_10)

Enfin, il est intéressant de considérer les moyens qui ont permis le renforcement de la contre-démocratie, en favorisant entre autres les rassemblements populaires du Printemps Arabe. Il s’agit bien entendu du blogging, une nouvelle version du journalisme. C’est ainsi que Arianna Huffington a pu parler d’une bataille entre presse écrite et journalisme online. Elle même est décrite par la Presse comme  » un personnage glamour de la vie politique américaine, inscrite sur la liste des 100 personnalités les plus influentes du monde par le magazine Time. »  Cette self-made woman a réussi à monter une plateforme journalistique impressionnante, passant du stade de PME à un contre-pouvoir politique de premier plan racheté par AOL pour quelque 315 M de dollars.

Combinant les méthodes du journalisme traditionnel (vérification des sources, objectivité…) et les nouvelles technologies, le Huff Post se présente comme une plateforme de distribution employant 1 400 journalistes professionnels salariés.Ceux là encadrent des journalistes amateurs, encadrés par ces professionnels sur les dessous de la politique américaine, dénichant des les meilleurs scoops avant la Presse écrite, se dont elle se félicite: 

« On a sorti des scoops quand on a couvert la campagne présidentielle de 2008 aux Etats-Unis. Et c’est pendant cette campagne qu’on a inventé le «journalisme citoyen» avec le projet OffTheBus, [«Sortez du bus» en réponse à The Boys on the Bus, livre sur les journalistes américains qui suivent les candidats dans le bus officiel de la campagne]. On a montré l’efficacité d’un nouveau modèle »

Serait-ce la guerre entre Presse écrite et Presse numérique? Peut-être bien, mais pour Arianna Huffington cette bataille ne sonnera pas le glas du journalisme de qualité. Bien au contraire, on se dirige vers un « âge d’or du journalisme ».« Les journalistes des médias traditionnels adoptent de plus en plus les méthodes du journalisme web – ils sont forcés de le faire. Et chez nous, média sur Internet, on adopte de plus en plus les techniques traditionnelles du reportage, de l’édition et de la vérification des faits. D’ailleurs, nous avons fait venir au HuffPost de très grands journalistes de la presse écrite, du New York Times, de Newsweek ». Toutefois il convient de souligner que la gratuité du HuffPost est une caractéristique commune à la plupart des plateformes journalistiques online. Or c’est précisément ce qui cause la ruine de la Presse écrite, qu’elle s’adapte aux nouvelles techniques induites par le numérique ou non. En outre il se trouve des voix pour remettre en cause la qualité du journalisme sur la Toile. Exigence de rapidité, flux d’information important et de ce fait confus, voire contradictoire, manque de fiabilité, de qualité… Autant de défauts caractéristiques de ce nouveau type de journalisme et déplorés par certains, moins optimistes que Mrs Huffington.

Cependant il faudra reconnaître l’avantage de la rapidité de ces nouveaux médias et la variété des formes d’expression, ce qui rend difficile une censure totale. Un atout indéniable que le HuffPost a mis au service des activistes Tunisiens, Egyptiens…

« On a tout de suite ouvert le HuffPost aux manifestants avec des blogs en direct. Nos outils techniques nous permettent d’alimenter constamment, en temps réel sur le site, toutes sortes d’infos : revues de presse, tweets, vidéos, photos, messages Facebook, etc. On a aussi ouvert notre site aux blogueurs dans les différents pays, avec nos éditeurs faisant toujours la modération » 

Conclusion: C’est ainsi que partant d’une technique numérique réservée à l’usage militaire, Internet est devenu un lieu de rencontre et de débat à l’échelle planétaire. Il a transformé notre perception du monde  aussi bien que les relations sociales et jusqu’à notre rapport à notre propre identité. Cette technique a même influé sur la structure du cerveau, ainsi qu’on l’a vu dans un billet précédent. Bénéfique ou néfaste? Impossible à dire car Internet n’est qu’un puissant moyen asservi à des fins contradictoires.  Alors doit-on légiférer pour encadrer ce potentiel explosif ou bien laisser le champ libre à l’expression de la contre-démocratie?

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