Exercice obligatoire n°1: La saga du « Frankenfish »

Glâné lors d’un débat en cours d’Anglais, ce sujet me paraît bien illustrer  l’exercice de mise en bulle d’un énoncé « volant ».

 La saga du saumon transgénique  fait des vagues depuis quelques mois aux Etats-Unis.

En effet peut-on légiférer sans fondations scientifiques solides? Quand les uns affirment le caractère sérieux des études, les autres au contraire pointent du doigt leur manque de fiabilité. 

I/ Pourquoi ce sujet nous intéresse-t-il?
  Premièrement: «  Ce n’est pas ce poisson particulier qui est en jeu. C’est le principe qui (…) envoie au reste du monde le message selon lequel la supervision réglementaire fondée sur la science, incarnée par le processus d’examen de la FDA, est assujettie à l’intervention politique » d’après Calestous Juma, professeur de développement international à l’Université de Harvard. Autrement dit, le saumon transgénique n’est pas le moins du monde dangereux pour la santé, encore moins pour l’environnement. De sombres intérêts politiques veulent cependant empêcher sa production. Les enquêtes scientifiques sont neutralisées par l’action des parlementaires plus au moins ignorants en la matière

C’est-à-dire: « Un amendement proposé par Don Young, le Représentant républicain de l’Alaska, et voté par acclamation, au motif que l’animal allait concurrencer, voire décimer, la population sauvage, notamment dans son Etat par le biais du croisement entre la bête manipulée avec des espèces sauvages – ce que certains appellent « l’effet gène de Troie » Il se peut pourtant aussi bien que l’animal mutant (d’où son surnom), soit un danger à la fois pour le consommateur et pour l’environnement.En effet des incertitudes demeurent ainsi que l’illustre cette étude:  » (L’effet de l’hormone de croissance) pourrait se traduire dans un premier temps par une invasion locale par les poissons à croissance accélérée. Les animaux de ce type ayant un métabolisme très sollicité ont une vie raccourcie. Dans un second temps, la présence dominante voire quasi exclusive des poissons à croissance accélérée pourrait induire une disparition locale de l’espèce »    (1. Muir WM. The threat and benefits of GM fish. EMBO Reports 2004 ; 5 : 654-9. 2. Howard RD, et al. Transgenic male mating advantage provides opportunity for Trojan gene effect in a fish. Proc Natl Acad Sci USA 2004 ; 101 : 2934-8. 3. Devlin RH, et al. Population effects of growth hormone transgenic coho salmon depend on food availability and genotype by environment interactions. Proc Natl Acad Sci USA 2004 ; 101 : 9303-8.)

Enfin, troisième et dernier acteur, Aquabounty -la firme qui développe le saumon mutant depuis 20 ans- rassure les anti-transgéniques : pas de danger d’allergénicité puisque  « selon le Comité consultatif sur la médecine vétérinaire de la FDA, aucune différence pertinente sur le plan biologique n’existe entre le saumon conventionnel et le saumon GM, tant sur le plan de la nutrition que sur celui de l’allergénicité. » La proposition d’amendement de loi inetredisant la commercialisation de ce saumon serait infondée scientifiquement.

Qui croire ?

Comme le précise cet article, des études sont encore nécessaires, concernant notamment l’allergénicité du produit. Qui va mener ces études? Seront-elles financées? Et si le lobby OGM était plus fort? D’autant plus que Aquabounty ne désarme pas. Face aux représentants à la Chambre qui lui refusent l’autorisation, elle affirme qu’elle a pris toutes les précautions nécessaires. A savoir : « elle a rendu les poissons stériles et tous femelles ; 2) elle prévoit de les élever dans des réservoirs d’eau douce au Panama – dont les eaux sont dépourvues de saumon ; 3) seulement alors, elle pourra les transporter aux Etats-Unis pour la vente ». Ce qui éliminerait tout risque pour l’environnement. D’autre part elle s’appuie sur les recherches du comité vétérinaire de la FDA pour affirmer que non, le salmonidé n’est pas dangereux pour la santé. Voici un rapport de chercheurs travaillant (entre autres) pour Aquabounty : « Our GH transgene enhances growth rates to the point where our salmon reach commercial size in approximately one third the time required for standard non-transgenics. Although research to date has focussed on scientific aspects of broodstock production, it is clear that the successful introduction of transgenics into the aquaculture industry involves not only science but also food safety, environmental safety, animal welfare, and consumer acceptance. This brief communicationcentres around personal experiences with Atlantic salmon and outlines our plans and progress towards demonstrating the safety of transgenic fish to the consumer and to the environment. »   Bien évidemment ces résultats sont sujets à caution. Car même si les recherches avaient confirmé la présence de risques dans la consommation du produit qu’elle souhaite commercialiser et dont elle espère un grand bénéfice, on peut supposer que la firme aurait tu certains aspects de ces études. Au contraire, Aquabounty insiste sur le caractère démocratique et résolument positif de son initiative commerciale. Grâce à ce saumon révolutionnaire, de nombreux ménages pourront accéder plus facilement aux « acides gras, protéines et oméga-3 sains »… Ce qui contribuerait à améliorer la santé publique, soit aurait l’effet inverse de celui décrit par ses adversaires !

   C’est aussi ce qui relancerait la consommation d’autres produits, un effet positif supplémentaire souligné par Martin Smith, économiste de l’Université Duke (Caroline du Nord). « Faire baisser le coût des produits alimentaires donne plus d’argent aux consommateurs pour acheter d’autres biens ce qui est certainement une bonne chose » explique-t-il. Martin Smith ainsi que ses collègues économistes et juristes de l’Université de Stavanger en Norvège, s’intéresse aux effets potentiels, à la fois positifs et négatifs de la commercialisation du produit. D’où le caractère ambivalent de cette affirmation. Certes, c‘est bien de consommer plus, mais cela signifie-t-il pour autant consommer mieux? Puisqu’on ne connaît pas encore les vrais risques pour la santé, il se pourrait aussi bien que les ménages attirés par des produits moins chers, négligent les produits naturels et sains au profit de produits qui se révèleront nocifs. On aboutit à la conclusion inverse: la santé publique pârtirait de la consommation de saumon.

 II/ Suite de l’affaire, qu’en est-il vraiment?

1) Remise en cause du bien fondé de l’autorisation accordée par la FDA (16 septembre 2010).

http://www.consumersunion.org/pdf/CU-comments-GE-salmon-0910.pdf

Il apparaît que la décision de la FDA est tout simplement infondée! C’est en tout cas ce qu’indique le rapport  du comité vétérinaire de la « Consumers Union » sous la direction de  Michael Hansen, Ph.D. Senior Scientist, le 16 septembre 2010.Le professeur s’indigne du manque de rigueur scientifique et des lacunes de l’analyse de la FDA. Pour lui, il s’agit d’un « précédent » qui conduira sans doute à l’approbation d’autres animaux génétiquement modifiés, soit un vaste marché…Raison de plus pour une étude préalable scrupuleuse. Or celle-ci a été bâclée par une FDA peu soucieuse de se conformer aux conditions habituelles d’expertise. Trop de facteurs manquants tendent à discréditer cette étude, jugée « laxiste » par le professeur (sloppy science). D’après lui, la FDA aurait revu ses critères de contrôle à la baisse. En quoi s’est exprimé ce laxisme? Pr M.Hansen* pointe du doigt trois facteurs essentiels : la taille du groupe test -un échantillon de 6 poissons par groupe pour l’étude sur l’allergénicité, des pratiques douteuses (manipulation des informations) et enfin le manque voire l’inexistence de données concernant les taux de croissances hormonales chez ce saumon. 

 *« The food safety assessment concludes that “No biologically relevant difference were detected in the levels of the gene product (the Chinook salmon growth hormone), or any endogenous metabolite or substance . . . impacted by the hormone.”But this conclusion is based on sloppy science and deficient data. »

En présence de données insuffisantes l’équipe du Veterinary Medicine Advisor Comittee presse donc la FDA de s’appuyer sur les nouvelles technologies à sa disposition. « We urge FDA to use the newer more sophisticated molecular and biochemical methods such DNA microarray technology, proteomics, and metabolomics for the identification and characterization of indirect effects. »

Mais il y a pire. D’après le VMAC la décision de la FDA pourrait relever plus de l’hypocrisie que d’un manque de données. En effet la preuve d’un potentiel d’allergénicité élevée a bien été apportée  au regard de l’étude des chromosomes diploïdes et triploïdes chez le groupe test (saumons GM) et le groupe de contrôle (saumon non GM). Selon une étude statistique le potentiel d’allergénicité serait 52% plus élevé chez les saumons GM que chez les non GM. Pour autant la FDA s’est obstinée à prétendre que le triploïde du saumon mutant ne présentait aucun risque!Triploid ABT salmon pose no additional risk than control Atlantic salmon.« a-t-elle déclaré. Cette confusion met à mal le caractère scientifique de la décision apportée par la FDA…

2) Ce que la FDA en dit (20 septembre 2010):

http://www.fda.gov/downloads/AdvisoryCommittees/CommitteesMeetingMaterials/VeterinaryMedicineAdvisoryCommittee/UCM224762.pdf

Voici le rapport de la FDA contenant le résumé de l’expertise visant à répondre si oui ou non AquaAdvantageSalmon produit par Aqua Bounty Technologies Inc est propre à la consommation. En outre elle se veut suffisamment exhaustive pour servir de base à l’autorisation éventuelle d’autres animaux OGM. Enfin ce rapport s’adresse à la fois au Comité Vétérinaire (Veterinary Medicine Advisory Committee (VMAC) auquel appartient le Professeur M.Hansen, et au public, dans un souci de transparence. Ce qui est intéressant, c’est que ce rapport entend dispenser le Comité chargé de surveillance de mener ses propres recherches…

« The VMAC will be charged with providing scientific advice to the agency; this document is intended to provide the scientific and regulatory information that will help in discharging those duties. »

L’étude se concentre sur la structure moléculaire du saumon dans le but de détecter d’éventuelles propriétés toxiques, des séquences contenant des pathogènes, des allergènes ou bien encore des substances susceptibles de perturber la croissance des cellules, tissus et organes.Enfin, la FDA assure avoir évalué la composition de l’ADN sans avoir trouvé de séquences inconnues et potentiellement dangereuses « We also evaluated the purity of the construct in order to determine that unknown sequences were not introduced into the genetically engineered animals. »

La FDA arrive à la conclusion que les saumons transgéniques, pas plus que animaux clonés ne sont dangereux pour les consommateurs, arguant que les données récoltées sont largement suffisantes.Plus encore, d’après elle la viande provenant des animaux clonés est exactement la même que celle des animaux provenant de la reproduction sexuelle naturelle. Toutefois la commercialisation des animaux génétiquement modifiés devra faire l’objet d’une autorisation préalable et d’un encadrement rigoureux.

« Sufficient data were available for the agency to determine that food from cattle, swine, and goat clones is as safe to eat as food from their sexually reproduced counterparts (Walker et al., 2007; Watanabe and Nagai, 2008, 2009). Genetically engineered animals, on the other hand, are regulated under the new animal drug provisions of the FFDCA, and as such must receive formal approval before they may be introduced into commerce. »


3)  Et les consommateurs dans tout ça? Exemple de lettre envoyée à la FDA contre l’autorisation du saumon transgénique (16 septembre 2010).

http://stopgefish.files.wordpress.com/2010/09/final_enviro_conshlth_combinedge_fish_letter.pdf

Les sociétés de protection des consommateurs (représentant 1M de Nord Américains) n’ont pas tardé à réagir. Dans une lettre publiée en septembre elles ont fermement contesté la décision de la FDA. Pour Alliance for Natural Health, Center for Biological Diversity – Center for Environmental Health – Center for Food Safety – Connecticut Citizen Action Group, etc. les preuves ne manquent pas pour condamner la production de saumons transgéniques. La lettre présente entre autres les dangers du saumon sur l’environnement et notamment la population de saumons sauvages. Aussi souligne-t-elle par exemple la découverte de failles dans le système de sécurité des réservoirs par « The New Zealand Environmental Risk Management Authority ». Les oeufs des saumons GM appartenant à la compagnie privée King Salmon auraient alors pu entrer en contact avec le sperme avant de s’échapper dans la Nature.Les mesures de sécurité sont donc loin d’être fiables à 100% ainsi que l’a prétendu Aquabounty. Or, les militants s’interrogent sur les risques réels de l’effet gène de Troie. Le saumon sauvage survivera-t-il à l’afflux des saumons transgéniques?

Car si l’on parle encore de fermes spéciales, les représentants du collectif anti-Frankenfish restent persuadés que l’autorisation d’élever le saumon sauvage sans restrictions n’est qu’une question de temps. Après tout, elle n’a pas été trop pointilleuse sur l’autorisation de sa production tout court! Plus encore le concept de « réservoirs » eux-même est peu fiable ainsi qu’on l’a vu.

Aussi peut-on lire: « While FDA may place initial restrictions on the farming of GE fish, it is merely a matter of time before FDA is bombarded by pressure from corporations wishing to replace conventional fish in open ocean farms with the GE variety. Even if grown in contained, land-based facilities, the “farming” of fish raises serious environmental risks, and even indoor ponds typically recirculate water into the environment, an escape route for fish or eggs. »

4) Du nouveau! (mise à jour suite à l’annonce du 20 décembre 2011)

http://ge-fish.org/2011/12/20/coalition-calls-for-fda-to-halt-approval-of-genetically-engineered-salmon/#more-415

Le 19 décembre 2011, les sociétés des consommateurs et de protection de l’environnement, aux côtés d’associations des pêcheurs se sont de nouveau mobilisés. La coalition réclame de nouveau le retrait de l’autorisation si controversée. Et pour cause; la dangerosité  du saumon Aquabounty semble enfin prouvée.

Le site de recherche d’Aquabounty Technologies Inc. a été victime d’une épidémie d’Anémie infectieuse Infectious Salmon Anaemia (ISA),  une grippe mortelle pour les poissons qui a provoqué une hécatombe dans les réservoirs de salmonidés à travers le monde entier.

C’est ainsi que le Directeur Exécutif du Center for Food Safety a déclaré le 20 décembre: “This new information calls into question the reliability of AquaBounty’s data and the validity of its claims that their fish are safe for the environment.The FDA must respond appropriately and conduct their own environmental impact statement that looks at a broad range of environmental risks from these genetically engineered salmon, including the risk of spreading diseases such as ISA and antibiotic use for other diseases.”

Enfin, et c’est là que réside le danger majeur, l’infection menace les élevages de saumon sauvage. Catastrophe écologique et économique car touchant en premier lieu les populations qui vivent principalement de la pêche. A l’instar du Chili où le coût pour cette industrie s’éleverait à 2Millions de dollars, d’après Erich Pica (President de Friends of the Earth,US). Il n’hésite pas à parler de catastrophe (collapse) si les réservoirs Canadiens et étasuniens venaient à être contaminés. Une véritable menace pour l’existence même des populations de saumons sauvages à l’échelle planétaire!

Conclusion: Le saumon transgénique paraît bel et bien impropre à la consommation. La ISA qui vient de frapper tous les sites d’élevage des « AquaAdvantageSalmons » confirme cet état de fait. Une incertitude demeure: pourquoi malgré les nombreuses preuves scientifiques contredisant formellement les résultats du rapport d’Aquabounty la FDA a tout de même décidé d’autoriser la production du Frankenfish? Sans doute a-t-elle cédé au lobbying puissant de la firme…

Autres sources: Sciences et http://www.sciencesetavenir.fr/actualite/nature-environnement/20100906.OBS9472/avis-favorable-pour-un-saumon-transgenique.html

http://www.agrobiosciences.org/article.php3?id_article=3142#nb2

ttp://www.ushuaia.com/info-planete/actu-en-continu/conso/une-analyse-plus-complete-pour-le-saumon-ogm-6153613.html


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2 réflexions sur “Exercice obligatoire n°1: La saga du « Frankenfish »

  1. dblogscpo dit :

    Bonjour, un petit commentaire sur ce premier exercice obligatoire.

    D’abord, pour des raisons de clarté, il faut créer une page intitulée « exercice obligatoire 1 » et y poster ce billet.
    Ensuite, pour cet exercice, il ne faut pas s’aider que d’un article de presse. C’est intéressant pour voir comment la question scientifique est « vulgarisée », mais ton travail ne doit pas se fonder uniquement sur cela. Il faut trouver les documents spécialisés à la sources de cette question scientifique : le document de la FDA par exemple. Et voir comment de ce document, on abouti à un débat public/une rumeur.

    Le sujet est bien choisi, et les différents acteurs qui s’affrontent sont bien mis en valeur. Mais il faut vraiment remonter à la source scientifique de l’énoncé : « les saumons transgéniques sont dangereux », et comprendre comment est née cette étude, qui a financé, en gros la remettre dans son contexte pour voir ensuite comment elle s’est retrouvée dans la sphère publique.

    Frédéric

  2. dblogscpo dit :

    Bonjour, un petit commentaire sur ce premier exercice obligatoire.

    D’abord, pour des raisons de clarté, il faut créer une page intitulée « exercice obligatoire 1 » et y poster ce billet.
    Ensuite, pour cet exercice, il ne faut pas s’aider que d’un article de presse. C’est intéressant pour voir comment la question scientifique est « vulgarisée », mais ton travail ne doit pas se fonder uniquement sur cela. Il faut trouver les documents spécialisés à la sources de cette question scientifique : le document de la FDA par exemple. Et voir comment de ce document, on abouti à un débat public/une rumeur.

    Le sujet est bien choisi, et les différents acteurs qui s’affrontent sont bien mis en valeur. Mais il faut vraiment remonter à la source scientifique de l’énoncé : « les saumons transgéniques sont dangereux », et comprendre comment est née cette étude, qui a financé, en gros la remettre dans son contexte pour voir ensuite comment elle s’est retrouvée dans la sphère publique.

    Frédéric

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