Un conflit éthique entre recherche scientifique et décisions politiques.

Premier essai clinique en Europe à partir de cellules souches embryonnaires humaines

LEMONDE.FR avec AFP | 22.09.11 | 11h33   •  Mis à jour le 22.09.11 | 11h40

Un laboratoire américain va pouvoir mener un essai clinique à partir de cellules souches, sur le sol européen.

« Un laboratoire américain va pouvoir mener un essai clinique à partir de cellules souches, sur le sol européen. »

http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/09/22/pour-la-premiere-fois-en-europe-un-essai-clinique-a-partir-de-cellules-souches-embryonnaires-humaines_1575835_3244.html

Commentaire Pourquoi la science est-elle devenue politique ? Par le truchement des compagnies pharmaceutiques comme le laboratoire ACT qui entend conquérir un marché de plus en plus important grâce aux progrès des recherches. Notamment sur les cellules souches embryonnaires.

Or légiférer dans ce domaine implique des débats éthiques. Peut-on séparer la morale et la recherche scientifique ? Sur quelle morale se fonder d’ailleurs ? Une morale religieuse en fonction des pays ? Une morale universelle de type kantien ?

Dans ce dernier cas on prendrait pour point de départ la maxime d’universalisation et le principe de dignité humaine. A savoir « ne pas traiter autrui comme un moyen mais comme une fin en soi ». Alors les expériences sur les cellules souches embryonnaires humaines apparaissent comme l’utilisation d’un individu potentiel en tant que moyen. Moyen asservi à un double objectif ; l’un a priori très noble, mettre fin à une maladie incurable, la cécité juvénile (maladie de Stargardt). L’autre, beaucoup moins : gagner  un marché de 30 millions de personnes en Europe et aux Etats-Unis en élargissant à d’autres types de dégénérescence maculaire.

Transposé sur la scène politique américaine le débat se traduit par le clivage républicains/démocrates (bien qu’il est à nuancer car les partis eux-mêmes sont rarement complètement d’accord sur une question morale). C’est ainsi que le président G.W. Bush avait interdit le financement de telles recherches, se fondant sur des raisons « morales et religieuses ». Le président B.Obama au contraire, n’a pas jugé de telles raisons suffisantes pour entraver le  progrès de la thérapie cellulaire. Le financement des recherches a donc été autorisé en mars 2009.

C’est ainsi que les progrès de la recherche scientifique sont aujourd’hui plus que jamais au cœur du débat politique.

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Ces secteurs -essentiels- de la recherche oubliés des pouvoirs publics

L’auteur

Michel Hamon est professeur de neuropharmacologie à l’Université Pierre et Marie Curie, à Paris.

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/f/fiche-article-maladies-mentales-les-oubliees-de-la-medecine-et-des-pouvoirs-publics-27967.php

Pourquoi cet article nous intéresse-t-il ?

Le professeur Hamon en appelle à une « prise de conscience collective », c’est-à dire à la fois par les personnels de santé, les patients et les pouvoirs publics.

Le problème étant la santé psychique des Européens ( « plus de 30 pour cent des Européens souffrent d’une pathologie touchant le cerveau »). Pourtant, la prise en charge reste insuffisante. Deux analyses ont pourtant été menées, en 2005 puis en 2009, et devraient alerter les gouvernants.

D’une part, la majorité des patients ne sont pas traités, ou le sont très tardivement. Les conséquences sont désastreuses. Non seulement pour les patients eux-mêmes, mais pour la société tout entière. Alors que 118M d’Européens sont atteints de neuropathologies (troubles d’anxiété, dépressions graves et démence n’en sont que quelques grands exemples), un tiers à peine sont soignés ! Outre l’effet direct (symptômes) pour les individus, les médecins identifient aussi un effet indirect, sur la société entière, tant sur le plan moral que financier – calculé, outre le prix de la prise en charge, par  « le nombre d’années perdues en raison d’une mortalité précoce ou d’une incapacité due à ces pathologies. »

Pour autant, les compagnies pharmaceutiques manquent cruellement de moyens pour mener des recherches plus poussées, de même que les campagnes de sensibilisation sont inexistantes. Consulter un médecin le plus tôt possible augmente pourtant considérablement les chances de guérison ! Les investissements font défaut pour plusieurs raisons : d’une part ils sont tout simplement « gigantesques ». Or il faut attendre « les derniers stades des essais cliniques pour constater qu’une molécule a des effets indésirables » et cela est impossible, les marchés exigeant des retours immédiats. Et ceux-ci ne peuvent pas l’être puisque comme on ignore toujours  les causes précises de ces dysfonctionnemens, les scientifiques sont condamnés à « tâtonner »  en attendant de  trouver un remède efficace .

D’où la nécessité pour les scientifiques et les décideurs de collaborer. D’une part l’amélioration de l’environnement sociétal est du ressort des pouvoirs publics. Or il s’agit de l’un des facteurs menant à l’apparition ou à l’aggravation de ces pathologies (dépression).  Prenons l’exemple des conditions de travail. La vague de suicides chez France Télécom en 2009, est une illustration des maux dont souffre la société moderne. Stress au travail, etc. autant de facteurs qui mènent à ces troubles que les médecins peinent à guérir…faute de moyens. D’autre part, les pathologies du type Alzheimer -dont les causes restent méconnues- sont vouées à se développer, de l’avis des chercheurs. Or, ainsi qu’on l’a dit elles risquent de peser de plus en plus lourd sur l’état des finances publiques outre leur impact sur le « moral » de la société.

Il s’agit donc d’un domaine de recherche où les pouvoirs publics ont tout intérêt à investir…ce qu’ils ne font pas (encore).