Du lithium dans le robinet pour sauver le peuple Irlandais.

http://www.irishtimes.com/newspaper/ireland/2011/1202/1224308474582.html

L’Irlande, petit pays souffrant de graves difficultés économiques, a vu son taux de suicide augmenter au cours des années jusqu’à dépasser le nombre de morts du aux accidents de la route… Pire, c’est une véritable épidémie de suicides puisqu’il s’agit aujourd’hui de la première cause de mortalité des 15-25 ans. Comment pallier à ce mal du siècle qui fait des ravages parmi les forces vives de la nation irlandaises? Les causes sont plutôt opaques, on a parlé du suicide surmédiatisé du footballer Gary Speed aurait jeté le feu aux poudres, servant d’exemple à une jeunesse déprimée- un peu comme celui de Werther dans les roman de Goethe quelque deux siècles plutôt en Europe.

Le problème qui inquiétait déjà les médecins psychiatres, a largement dépassé le cercle médical puisque les hommes politiques  s’en sont emparés, à l’instar du député Mr. Neville.{Fine Gael TD and chairman of the Irish Association of Suicidology,} Les psychiatres n’ont eu de cesse d’appeler à une solution concrète et efficace de la part du gouvernement.

“There are 200,000 people suffering from depression in Ireland and the Government must think of new ways of tackling the problem.” déclarait l’un d’entre eux, Dr Bhamjee. Celui-là même qui a proposé de distribuer de faibles doses de lithium à la population, via l’eau du robinet. le lithium étant un produit utilisé en psychiatrie pour soigner la dépression. De nombreux médecins sont persuadés du bien fondé de cette proposition. « There is growing scientific evidence that adding trace amounts of the drug lithium to a water supply can lower rates of suicide and depression” 

Or le problème devient urgent. Et Mr. Neville milite pour l’adoption d’une telle solution, qui, aux dires des professeurs a eu des effets très positifs au Texas, où le lithium fut diffusé à la population par l’intermédiaire de l’eau du robinet. “Last year, 483 people died by suicide and if you add the 123 undetermined deaths, the suicide number is over 600.” s’indignait le député qui selon l’adage « mieux vaut prévenir que guérir » soulignait l’importance d’un traitement préventif.

 “Early intervention, you have 90 per cent cure and late intervention you have difficulties for life.”

C’est ainsi qu’au nom de la santé publique, le gouvernement Irlandais se voit appelé à légiférer sur la diffusion d’un anti-dépresseur. Forme de drogue (il est addictif), l’utilisation d’un tel produit pour rendre la vie un peu plus rose pour des milliers de suicidaires peut toutefois être sujette à controverse. Ne devrait-on pas avoir le droit de choisir d’en consommer ou non? Car s’il est  vrai que c’est au gouvernement de veiller à la santé publique, pour autant est-ce à lui de « forcer » le peuple à être plus heureux artificiellement? Il y a en effet bien d’autres manières de contribuer au bien être du peuple. Quant à la poursuite du bonheur, elle est avant tout individuelle et vouloir l’imposer serait interférer dans la sphère privée. Or, on sait que confusion de la sphère privée et de la sphère publique au nom d’un monde meilleur – ou du meilleur des mondes- serait le pire scénario.

Exercice obligatoire numéro 2: comment Internet a bouleversé nos vies.

I/ Histoire d’Internet

Internet est le fruit de la guerre froide, un type de guerre inédit.

Au XIX e siècle Bismarck, déclarait: « La guerre sera gagnée par le fer et par le sang ». Or si ce fut vrai pour les conflits mondiaux qui ont marqué la première moitié du XXe siècle, cette formule n’était plus valable pour caractériser la guerre froide. Celle-ci devait être gagnée par celui qui utiliserait la science et les nouvelles technologies…C’est pourquoi, Internet fut entre autres le fruit des recherches du Département de Défense américain, suite à l’humiliation essuyée  en 1957, année du lancement du satellite soviétique Spoutnik.

Maintenant Internet est une interface numérique qui a bouleversé nos rapports sociaux et politiques sous divers aspects. Les domaines touchées par l’introduction d’Internet sont si nombreux qu’il est impossible de tous les aborder. C’est pourquoi il apparaît plus constructif de limiter le champ d’étude à quatre domaines particulièrement intéressants.

II/Internet et les relations sociales

1) L’amour romantique à l’âge du Web.

Une belle histoire d’amour sur internet, voilà le simple scénario de « Vous avez un message », grand succès de cette fin du XXe siècle qui inaugurait un nouveau type de relations apparues au crépuscule du XXe siècle et destinées à se développer au XXIe.

Les réseaux sociaux, les e-mails, les forums, les chats enfin, tout est bon pour rencontrer l’âme soeur. Toutefois, selon une étude sociologique récente Internet bannirait la conception d’un « amour romantique » tel qu’il s’est développé dans les société Occidentales depuis le Moyen-Age jusqu’au début du XXe siècle. La fidélité, la « cour », les rapports un peu chevaleresques qui ont caractérisé ce type de relations se retrouvent dans les romans depuis La princesse de Clèves jusqu’à l’Education sentimentale.

Par ailleurs les rencontres par Internet transformeraient notre façon de nous percevoir nous-mêmes. Selon la sociologue Eva Illouz  « pour pouvoir rencontrer un autre virtuel, le moi est sommé de se livrer à un travail d’observation réflexive de lui-même, d’introspection, de définition et d’expression réfléchie de ses goûts et de ses opinions». En effet les enquêtes des sites de rencontres conduisent à élaborer un portrait très précis qui suppose un retour sur soi-même. C’est donc des rencontres planifiées, « à la carte », qui excluent le coup de foudre et le hasard au profit d’une rationalisation des rencontres, d’après l’étude menée par le sociologue Jacques Marquet. Tout est calculé au millimètre près, le choix de la photo et l’image qu’on veut donner est pensée en détail. Ce phénomène s’étend d’ailleurs à tous le types de réseaux sociaux.

D’autre part Internet « fait passer la connaissance intellectuelle de l’’autre avant les sentiments » (Kaufmann). La connaissance intellectuelle prime sur la connaissance sensible dans ce type de rencontres. Ce moyen de communication peut aussi constituer un piège car le recours aux langage textuel est de nouveau l’occasion d’une distanciation. On pèse ce qu’on dit, l’image que l’on veut bien donner à travers l’expression de nos opinions, nos goûts, etc. Toutefois « le contrôle rigoureux du processus » amoureux ne prévient pas les échecs, bien au contraire ils sont très nombreux.

Enfin, dernier changement important: la conception de l’engagement. Les sites de rencontres donnent l’illusion d’une multitude de partenaires interchangeables. Dès lors les couples issus de ce genre de rencontres sont souvent fragilisés par le sentiment d’un « éternel sursis » chez l’un des partenaires – ou les deux.  Pire, ce phénomène d’instabilité du couple a pris une telle ampleur que le Figaro y consacrait tout un article il y a quelques mois. En effet, les forums pullulent de témoignages désespérés de maris et de femmes abandonnées pour un partenaire nouveau rencontré sur un site de rencontre (pourquoi pas extra conjugales!). Malgré la proximité physique bien réelle, le couple se trouvant dans la même pièce se trouve séparé par…Internet.

Pour reprendre l’expression de J. Marquet, cette fabuleuse plateforme numérique semble « offrir un réservoir innombrable de partenaires potentiels et accréditer la thèse qu’il est toujours possible de trouver mieux(…) Les sites de rencontre pourraient compliquer davantage encore l’engagement dans la durée et amplifier un mouvement de rotation des partenaires déjà bien réel. »

(cf www.cairn.info/revue-dialogue-2009-4-page-11.htm).

Transition: des relations individuelles à la relation avec la communauté…Dans un contexte d’urbanisation croissante, comment Internet change-t-il notre rapport à l’environnement urbain?

2)  Internet et la ville.

{http://www.metropolitiques.eu/La-ville-numerique-quels-enjeux.html}

Comment définir notre rapport à la ville? Le souvenir des tableaux  de petites villes de province dressées par Balzac (Eugénie Grandet…), la peinture des grands boulevards Parisiens dévalés par un jeune et ambitieux Georges Duroy, les impressions laissées par les tableaux de Monet reviennent spontanément en mémoire. Plus tard, l’esseulement, l’anonymat dans la foule, caractéristique des grandes métropoles modernes a été capté avec justesse dans les tableaux d’un Hopper. Aujourd’hui cependant, nos impressions face à la ville, notre relation avec elle sont marquées par l’entrée du numérique dans nos vies. La réalité est perçue autrement, et pour cause. De nombreuses plateformes communautaires proposent de partager des impressions, tager, noter d’une étoile telle petite ruelle commerçante ou tel boulevard situé à l’autre bout de la métropole. Le réel est empreint des impression glanées sur la toile.

 Grâce à Internet un véritable écosystème parallèle se met en place. De nombreux réseaux permettent aux Internautes de découvrir et faire découvrir à d’autres de nouveaux lieux sans sortir de chez eux. »Oùsortircesoir.com », « lafourchette.com » et d’autres sites communautaires dans le même style permettent  d’échanger sur leur restaurants préférés alors que Google maps et mappy itinéraires offrent un aperçu du quartier via les photographies des satellites. C’est ainsi que l’on assiste à une transformation de l’environnement urbain dans la conscience collective; « Une rue est un objet technique, une infrastructure matérielle, mais elle est aussi, dorénavant, une infrastructure numérique et informationnelle. Elle abrite et condense des nuages de données. Ces dernières peuvent être captées, annotées et « augmentées » par les passants et les riverains ».

Les réseaux matériels urbains (la voirie) sont doublés d’un réseau numérique. C’est ainsi que Rem Koolhaas déclarait que « la métropole  hypermoderne  serait moins marquée par une transformation des lieux que par une montée en flèche des flux matériels et virtuels qui relient ces mêmes lieux.  » Comme en réponse à l’interrogation de P. Fusero: les techniques numériques auront-elles « la capacité de modifier la forme physique de la ville en assumant le même rôle qu’avaient exercé jadis les infrastructures de transport »? ( E.planning : urbanistica e reti digitali »)

Enfin, le cyberespace risque-t-il d’interférer dans notre perception de l’environnement urbain? L’atmosphère de la ville est souvent due à l’image laissée par les artistes dans l’imaginaire collectif à travers leurs oeuvres. Par exemple les poèmes de Baudelaire et les gravures de G. Doré autour de la « Babylone moderne »  ont contribué à forger autour de Londes du XIXe siècle l’image d’une ville industrielle empreinte d’une « magie profonde et mystérieuse ». Aujourd’hui, certains imaginent que « la façon dont nous ressentons notre environnement dans les rues sera peut-être bientôt définie par ce qui n’est pas visible à l’œil nu »(Guillaud, H. 2008. « La rue comme plateforme », InternetActu, 25 mars)

Transition: Maintenant, intéressons-nous aux transformations apportées par Internet dans nos relations avec le politique.

III/ Internet et la politique: vers la démocratie participative?

 => ce qui est intéressant ici c’est le lieu de publication: Facebook, et l’auteur de cette publication: WillisfromTunis, un tunisien révolté contre le régime de Ben Ali devenu une personnalité emblématique de la Révolution tunisienne.

1)  Internet à l’ère des révolutions numériques

http://www.internetactu.net/2011/11/23/refaire-societe-comment-sengager-aujourdhui/

Pour reprendre la définition de P. Rosanvallon, Internet semble aujourd’hui devenu le lieu de la contre-démocratie. Face au discrédit de la classe politique on a tendance à parler de « dépolitisation ». Pour autant, les citoyens sont souvent actifs sur la toile où s’exprime le scepticisme et les critiques envers une classe dirigeante qui doit compter avec ce nouveau contre-pouvoir. Les scandales concernant la corruption ou le clientélisme sont rapidement diffusés via Internet et prennent de l’ampleur  (par exemple: scandale et démission de Liam Fox au Royaume-Uni )Toutes {les critiques} se définissent par un bruit de fond antisystème”, disait Christophe Aguiton dans une récente interview à Libération, chercheur, militant syndical, cofondateur d’Attac et d’Agir contre le chômage.

Ce même activiste ajoutait que si le militantisme s’est effondré (rares sont aujourd’hui les jeunes à se syndiquer ou à adhérer à un parti politique par exemple), la nouvelle forme d’engagement est la manifestation.Or celles-ci s’organisent de plus en plus grâce à Internet. « Le mouvement des Indignés, celui de la place Tahir comme le mouvement mexicain (Hasta la corruption ») en sont des exemples. Et d’ajouter Partout, le modèle classique des syndicats et des partis politiques est en crise”. 

En effet après le Printemps arabe, on a voulu parler de « Printemps russe » suite aux récentes manifestations déclenchées face aux fraudes électorales orchestrées par une classe politique corrompue jusqu’à la moelle. Quel était le point commun de ces manifestations si ce n’est l’usage des réseaux sociaux pour mobiliser les foules? Il y a quelques jours à peine l’opposition russe déclarait (dans une vidéo diffusée par youtube): « Aujourd’hui c’est twitter qui est dans la rue, ce sont les réseaux sociaux ». Il faut désormais compter avec cette formidable puissance de rassemblement.Internet a démontré à de multiples reprises la “force des liens faibles” d’après l’expression de C. Aguiton.

Enfin Internet a aussi permis de mettre en place des tentatives de démocratie directe, aussi bien de la part des Etats que des citoyens eux-mêmes. L’Estonie par exemple a mis en place un vote électronique aux élections législatives dans l’objectif de lutter contre l’abstentionnisme. L’Allemagne et la France reconnaissent le droit de former des « e-pétitions » pour déposer des initiatives de loi au Parlement. Toutefois il faut 100000 signatures pour que de telles propositions soient considérées.

Par ailleurs, rappelons l’activisme citoyen qui s’exprime à travers le mouvement des Indignés par exemple. Ceux-ci s’inspirent également du principe de démocratie participative avec la promotion des plateformes de partage de connaissances  de type Wikipédia et plus largement la défense des logiciels libres.

Aussi peut-on conclure avec Fabrice Epelboin  « ’Internet est devenu un acteur important du champ politique, comme l’était le syndicalisme au XIXe siècle. Il est devenu une nouvelle forme de réponse au pouvoir.

Toutefois Internet est une arme à double tranchant qui peut se retourner contre les libertés. F.Epelboin rappelle les expérimentations technologiques des grandes sociétés informatiques Occidentales dans la Tunisie de Ben Ali. A l’exemple d’Amesys, la filiale de Bull, Narus, la filiale de Boeing ou MicrosoftD’après lui leurs technologies  peuvent servir demain à filtrer l’Internet français“Il suffit d’appliquer la Loi Gayssot pour justifier le filtrage de centaines de millions de sites.”

“On s’adapte très bien à la justice automatisée”, ironise l’activiste, et de citer l’exemple d’Hadopi ou encore des radars sur l’autoroute.

2) Internet et le renouveau du journalisme.

(cf Libération leMag, samedi 26 novembre 2011, p. MAG_10)

Enfin, il est intéressant de considérer les moyens qui ont permis le renforcement de la contre-démocratie, en favorisant entre autres les rassemblements populaires du Printemps Arabe. Il s’agit bien entendu du blogging, une nouvelle version du journalisme. C’est ainsi que Arianna Huffington a pu parler d’une bataille entre presse écrite et journalisme online. Elle même est décrite par la Presse comme  » un personnage glamour de la vie politique américaine, inscrite sur la liste des 100 personnalités les plus influentes du monde par le magazine Time. »  Cette self-made woman a réussi à monter une plateforme journalistique impressionnante, passant du stade de PME à un contre-pouvoir politique de premier plan racheté par AOL pour quelque 315 M de dollars.

Combinant les méthodes du journalisme traditionnel (vérification des sources, objectivité…) et les nouvelles technologies, le Huff Post se présente comme une plateforme de distribution employant 1 400 journalistes professionnels salariés.Ceux là encadrent des journalistes amateurs, encadrés par ces professionnels sur les dessous de la politique américaine, dénichant des les meilleurs scoops avant la Presse écrite, se dont elle se félicite: 

« On a sorti des scoops quand on a couvert la campagne présidentielle de 2008 aux Etats-Unis. Et c’est pendant cette campagne qu’on a inventé le «journalisme citoyen» avec le projet OffTheBus, [«Sortez du bus» en réponse à The Boys on the Bus, livre sur les journalistes américains qui suivent les candidats dans le bus officiel de la campagne]. On a montré l’efficacité d’un nouveau modèle »

Serait-ce la guerre entre Presse écrite et Presse numérique? Peut-être bien, mais pour Arianna Huffington cette bataille ne sonnera pas le glas du journalisme de qualité. Bien au contraire, on se dirige vers un « âge d’or du journalisme ».« Les journalistes des médias traditionnels adoptent de plus en plus les méthodes du journalisme web – ils sont forcés de le faire. Et chez nous, média sur Internet, on adopte de plus en plus les techniques traditionnelles du reportage, de l’édition et de la vérification des faits. D’ailleurs, nous avons fait venir au HuffPost de très grands journalistes de la presse écrite, du New York Times, de Newsweek ». Toutefois il convient de souligner que la gratuité du HuffPost est une caractéristique commune à la plupart des plateformes journalistiques online. Or c’est précisément ce qui cause la ruine de la Presse écrite, qu’elle s’adapte aux nouvelles techniques induites par le numérique ou non. En outre il se trouve des voix pour remettre en cause la qualité du journalisme sur la Toile. Exigence de rapidité, flux d’information important et de ce fait confus, voire contradictoire, manque de fiabilité, de qualité… Autant de défauts caractéristiques de ce nouveau type de journalisme et déplorés par certains, moins optimistes que Mrs Huffington.

Cependant il faudra reconnaître l’avantage de la rapidité de ces nouveaux médias et la variété des formes d’expression, ce qui rend difficile une censure totale. Un atout indéniable que le HuffPost a mis au service des activistes Tunisiens, Egyptiens…

« On a tout de suite ouvert le HuffPost aux manifestants avec des blogs en direct. Nos outils techniques nous permettent d’alimenter constamment, en temps réel sur le site, toutes sortes d’infos : revues de presse, tweets, vidéos, photos, messages Facebook, etc. On a aussi ouvert notre site aux blogueurs dans les différents pays, avec nos éditeurs faisant toujours la modération » 

Conclusion: C’est ainsi que partant d’une technique numérique réservée à l’usage militaire, Internet est devenu un lieu de rencontre et de débat à l’échelle planétaire. Il a transformé notre perception du monde  aussi bien que les relations sociales et jusqu’à notre rapport à notre propre identité. Cette technique a même influé sur la structure du cerveau, ainsi qu’on l’a vu dans un billet précédent. Bénéfique ou néfaste? Impossible à dire car Internet n’est qu’un puissant moyen asservi à des fins contradictoires.  Alors doit-on légiférer pour encadrer ce potentiel explosif ou bien laisser le champ libre à l’expression de la contre-démocratie?

Alternative aux terres rares, défi pour les chercheurs.

(http://www.technologyreview.com/computing/37779/)

http://www.courrierinternational.com/article/2011/09/16/terres-rares-les-industriels-a-la-chasse-au-gaspi

La course aux substituts des terres rares continue. Alors que la Chine se classe 2e puissance économique cette année devant le Japon, les deux puissances rivalisent dans  ce domaine. Certes il s’agit d’un rapport de forces inégal. Une équipe de chercheurs japonais s’évertue à trouver de nouvelles énergies nécessaires pour la fabrication de la quasi totalité des produits de haute technologie (iPhones, écrans d’ordinateurs…).La Chine, elle, détient le monopole de ces minerais précieux. Ceux-ci sont utilisés entre autre dans les systèmes d’éclairage comme l’europium (lumière rouge) et le terbium (lumière verte), sans qu’on ait trouvé des éléments substituables à ceux-là.

Sans entrer dans les détails que l’on a déjà évoqué dans un billet précédent, il est intéressant de souligner ici l’articulation entre recherche scientifique, concurrence des entreprises et enjeux politiques, puisque le poids économique est un atout indispensable pour peser dans l’arène politique internationale, on parle de « hardpower ». Les scientifiques sont donc de plus en plus sollicités de part et d’autres pour élaborer des alternatives aux terres rares. Aussi des centres de recherches sur les terres rares ont été crées.

Quand « la demande a commencé à dépasser l’offre et que les prix ont été multipliés par dix – atteignant plus de 6000 dollars [4 345 euros] les 450 grammes il y a cinq ans » –, GE a lancé un programme de recherche afin de réduire sa consommation. « En utilisant dans de plus grandes proportions des agents aux propriétés similaires mais moins chers ou plus abondants, comme le nickel ou le molybdène, GE a réussi à réduire ses besoins en rhénium de 6% à 3% pour sa production de moteurs à réaction. ».

Autre défi pour les chercheurs, trouver un élément qui remplacerait le néodyme, utilisés dans les puissants aimants nécessaires au fonctionnement des éoliennes. Sachant que « le prix de ce métal est passé de 19,45 dollars le kilo début 2009 à 455 dollars le kilo aujourd’hui ».

On constate donc que science et développement économique sont d’autant plus liés aujourd’hui que l’on est entré dans un processus d’innovation permanente.

La course aux algorithmes, un nouveau « matériel de guerre » au service des acteurs internationaux.

http://www.courrierinternational.com/article/2011/01/13/la-cryptographie-un-art-toujours-perfectible

Commentaire :

A l’ère du « tout numérique », la sécurité des données personnelles est devenue un enjeu primordial pour les gouvernements. Preuve en est avec l’introduction dans les constitutions de nombreux pays de l’habeas data (cf C. Brésilienne :  Art. 5. […] LXXII – l’habeas data est accordé: a) pour garantir à l’impétrant la connaissance d’informations le concernant qui figurent dans les registres ou les banques de données gouvernementales ou à caractère public.). Bien entendu cela concerne non seulement les individus, mais aussi les entreprises et plus largement les Etats. «L’e-banking, par exemple, fonctionne selon ce principe. C’est l’un des rares domaines, avec la téléphonie mobile, le Wi-Fi, le Bluetooth, les bancomats ou encore la télévision cryptée, où les particuliers utilisent le cryptage. Les sociétés codent surtout les échanges entre les réseaux externes et leur réseau interne, ainsi que les “backups”, les données qui sont sauvegardées ». Toutefois notons que les e-mails ne sont pas cryptés.

Pourquoi recourir au cryptage ? Il s’agit de la volonté naturelle des Etats de protéger des informations confidentielles ayant été informatisées. De même pour les entreprises qui sont fréquemment sujettes aux tentatives d’espionnage industriel dans un contexte de concurrence à l’échelle mondiale.

Il existe donc plusieurs types de clés plus au moins complexes et efficaces. « Des clés de plus en plus longues et coûteuses en temps de calcul lors du cryptage sont nécessaires. On est donc en train de passer à des algorithmes à courbes elliptiques, » sans oublier l’ultra sécurisé « algorithme du masque jetable », sorte de nouveau « téléphone rouge Moscou-washington », -utilisable qu’une seule fois. Véritables armes de guerre pour les agences de renseignements des Etats (démocratiques ou non), mais aussi…des cartels de drogue. Sans oublier que depuis la Seconde Guerre Mondiale jusqu’à nos jours les chercheurs étasuniens ont été les leaders dans ce secteur de recherche qui devient aujourd’hui un enjeu crucial. Aussi l’importance de crypter les informations concernant la sureté nationale est accrue par la tendance à la numérisation. Ce qui peut donner, faute de sécurité suffisante, aux fuites de type Wikilieaks, révélant des dépêches diplomatiques ultraconfidentielles. Les cryptages sont en quelque sorte ces « enveloppes » qui protègent des missives que le décryptage souhaite révéler. Ajoutons enfin que la puissance des ordinateurs ajoute un risque nouveau « Les ordinateurs quantiques sont encore au stade embryonnaire, mais ils font peser une menace réelle sur les systèmes à clé publique. Ils devraient en effet ne faire qu’une bouchée de ce type de cryptage. Sans compter qu’avec une puissance de calcul immense on peut toujours tenter une attaque en force : c’est-à-dire en essayant successivement toutes les clés possibles ».

Les technologies numériques tendent être de plus en plus encadrées juridiquement puisqu’elles prennent de plus en plus de place non seulement dans la vie des citoyens, mais aussi dans la gouvernance des Etats. Cela  conduit les dirigeants politiques à engager des hakers pour tester la vulnérabilité de telles ou telles clés. C’est ainsi que les mathématiques entrent en politique. Qui l’eût cru?

Accord sur le climat : vers la catastrophe?

http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/12/12/accord-de-durban-bien-mais-peut-mieux-faire_1617323_3244.html

Commentaire :

Si pour certains Durban a été un échec total, pour d’autres, le consensus obtenu à l’issue de cette conférence reste l’aboutissement d’un effort louable.

Certains intitulent d’ores et déjà leurs blogs «accord sur le climat une nécrologie » (http://petrole.blog.lemonde.fr/2011/12/13/accord-sur-le-climat-une-necrologie/), pointant du doigt le désaccord entre Chine, Inde et les pays « riches » qui refusent de leur apporter l’aide financière nécessaire pour sortir des énergies polluantes. Car enfin, selon la Chine, « premier pollueur mondial », il y a bel et bien une dette écologique. Pour preuve : les produits fabriqués dans les pays pollueurs sont destinés à être transportés et consommés en Europe…Or celle-ci est incapable de fournir l’aide réclamée. En outre le concept même de dette est fortement contesté. Dès lors nous sommes dans une impasse, et le blogger de conclure : « nous autres avons accepté de causer et de subir le risque d’une hausse des températures 2° au moins d’ici à la fin du siècle, et de 3° au moins à plus long terme. »

Pourtant, LE MONDE a salué l’effort de l’Union Européenne dont les dirigeants ont pour une fois dépassé les problèmes à court terme (plus payants électoralement parlant) pour se concentrer sur le problème du climat quelque peu relégué au second plan en ce moment. « Pour la première fois, tous les grands pays émetteurs de gaz à effet de serre ont accepté de s’inscrire dans un accord global de réduction de leurs émissions, qui devra être précisé au plus tard d’ici à 2015 et entrer en vigueur en 2020. »

Pour autant les résultats sont ambivalents. En termes juridiques, rien de bien précis. Ce qui laisse une marge de manœuvre aux pays qui voudraient passer outre les contraintes d’une économie « verte ». C’est donc la lecture de ce texte qui permettra de statuer sur la réussite relle de cette conférence, ou bien d’en consacrer l’échec politique, une fois de plus.

L’informatisation va-t-elle tuer l’emploi?

http://www.courrierinternational.com/article/2011/10/20/logiciel-malin-cherche-poste-hautement-qualifie

La technologie menacerait l’emploi. Et non pas les travailleurs les moins qualifiés (ouvriers évincés par la mécnisation des usines) comme on pourrait le croire, mais bien au contraire, les cols blancs…Comme le constate le prix Nobel d’économie, Paul Krugman:“les emplois à faibles et hauts salaires ont progressé rapidement, tandis que les emplois intermédiaires – sur lesquels on compte pour soutenir une classe moyenne solide – sont restés à la traîne” ces dernières années.

Les bouleversement technologiques introduits par la création de logiciels permettant de trier des centaines de dossiers, alors que c’était le fait d’une équipe d’avocats par exemple, traduit une menace sérieuse pour  le secteur juridique. De même le diagnostic médical assisté par l’ordinateur…Les secteurs de l’édition et de la musique ne sont pas non plus épargnés. Et que dire de la presse écrite?

La technologie tend vers le progrès certes. Elle tendrait aussi vers une « démocratisation du travail » permettrant aux ouvriers de sortir de la logique tayloriste d’un travail abrutissant, allant au contraire vers une plus grande capacité d’initiative grâce aux logiciels qui s’occupent des tâches « ingrates ». De ce point de vue, il ne s’agit pas d’être technophobe, comme le souligne James Callender. Nous sommes dans une logique d’innovation permanente. Une sorte de troisième révolution industrielle permanente, basée sur un progrès illimité des nouvelles technoligies, notamment dans le secteur de l’informatique. Le progrès permet une croissance économique plus rapide grâce à une plus grande compétitivité. Aussi, des entreprises comme Medco { entreprise américaine spécialisée dans la gestion des régimes d’assurance-maladie.} ont connu une augmentation de 30% de leur productivité grâce aux logiciels de Pegasystems .

Mais on peut légitimement se demander où nous mène cette course à la productivité quand la science et la technique semblent asservies à la croissance économique. Quand la maximisation du profit des entreprises prend en compte le progrès de la Recherche et du Développement.

En outre, le problème majeur de cette civilisation technique est de confondre fins et moyens. Le monde se réduit à un outil dans un réseau. Tout est moyens et en même temps, le progrès semblent être une fin, la croissance est une fin, le travail est une fin. A l’image de Charlot pris dans les rouages de la machines, ces docteurs, ces avocats, ces journalistes qui perdront leurs emplois dans les décennies à venir sont tous broyés par « l’automatisation intelligente à grande échelle” . Ou l’idée de progrès général, pour le bien de l’humanité.

Controverse sur les OGM: quand la légitimité des experts est remise en cause…

http://www.liberation.fr/terre/01012374555-sarkozy-maintient-son-opposition-au-mais-ogm-monsanto

http://www.liberation.fr/terre/01012374394-le-conseil-d-etat-donne-la-cle-des-champs-aux-ogm

Pourquoi les expertises scientifiques sont-elles controversées par les instances juridictionnelles européennes et françaises?

Le Conseil d’Etat a décidé d’annuler le moratoire sur la culture de maïs OGM Monsanto, arguant le manque de preuves scientifiques apportées par le gouvernement français en 2008. Cette décision fait écho à celle de la CJUE. Pourtant le chef de l’Etat a réitéré son refus de voir triompher la cause Monsanto au nom d’une productivité qui se ferait aux dépens des consommateurs.

«Je crois à la recherche, je crois au progrès, je crois à la nécessité de donner aux agriculteurs les moyens de développer leur productivité, mais je pense aussi que tout doit être fait pour maintenir la confiance du consommateur» a déclaré N. Sarkozy.«La recherche, l’amélioration de la productivité, c’est essentiel pour l’agriculture française, il ne s’agit pas de fermer la porte au progrès». «Mais nous avons pas le droit de faire prendre des risques à la santé des consommateurs et des agriculteurs», a-t-il martelé.

« La plus haute juridiction administrative a estimé que la preuve d’un niveau de risque élevé pour la santé ou l’environnement n’avait pas été apportée par le ministère de l’Agriculture. »

Pourtant ce n’est pas faute de preuves scientifiques ! Le gouvernement français s’était appuyé sur les recherches scientifiques chinoises et américaines. D’après Nathalie Kosciusko-Morizet, les dangers sont bien là. Outre le risque que représente la toxine BT comprise dans ledit maïs pour les types d’insectes autres que les ravageurs, elle est soupçonnée de provoquer une résistance accrue chez ces derniers.

D’autant plus, qu’ «il ne se passe pas une semaine depuis 2008 sans qu’une nouvelle information ne vienne étayer le dossier à charge contre la variété de maïs de Monsanto».renchérit J. Bové, eurodéputé.

Certains, à l’exemple de Corinne Lepage, ex-ministre de l’Environnement et députée européenne se demandent pourquoi les juges remettent en cause « le bien fondé scientifique d’une décision ». « C’est d’autant plus regrettable que les décisions d’autorisation reposent en premier lieu sur une expertise européenne critiquée et entachée de conflits d’intérêts et qui, elle, ne peut faire l’objet d’aucun recours » a-t-elle déclaré.

Pourtant cette décision ne fait pas que des malheureux : « Le Conseil d’Etat confirme que la décision française était juridiquement infondée».«Depuis quatre ans, la culture est interrompue, privant les agriculteurs, par un brutal retour en arrière, de progrès et solutions agronomiques, et laissant les sociétés semencières dans une totale incertitude » a déploré le porte parole des semenciers français à cette occasion. « Le gouvernement doit prendre ses responsabilités et adopter des mesures concrètes afin que la liberté de cultiver des OGM soit effective et respectée.»

C’est à se demander si la compétitivité des agriculteurs français (et européens) n’aurait pas pesé plus lourd aux yeux des juges que les rapports des experts scientifiques.